En tant que cinéphile, nous avons tous une liste de nos films préférés, forcément subjective. Ce jugement est influencé par le ressenti face au film qui aurait peut-être différé s’il avait été durant un autre moment de notre vie, dans un autre lieu, avec d’autres personnes. Le vécu du spectateur influe également sur sa culture et donc ses goûts cinématographiques. J’ai fait une liste des scènes de films qui m’ont le plus marquées dans mon parcours de cinéphile. Je vais tenter d’expliquer pourquoi et remettre les scènes dans leur contexte afin d’éclaircir l’impact quelles ont eu sur moi. En cela je vais devoir raconter ce qu’il se passe avant les dites scènes. Donc si vous voyez le titre d’un film que vous n’avez pas vu, je vous conseille d’aller au suivant. En faisant cette liste, j’ai remarqué que la grande majorité des scènes étaient issues de films récents, que j’ai donc vu au Cinéma. Cela soutient encore plus mon idée que l’impact d’un film est bien plus intense sur un grand écran que sur un téléviseur. Nous sommes également bien d’accord que cette liste est totalement partiale et subjective et que je ne parle pas de twist final ni de scènes cultes mais bien des scènes marquantes selon moi. Je vous invite donc à partager ensuite dans les commentaires vos propres scènes.

La Belle et la Bête : La scène du premier repas – Jean Cocteau – 1946

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Des bras invisibles qui contrôlent la maison et des mains visibles qui tiennent les chandelles, La Belle et la Bête de Jean Cocteau est un film fantastique qui peut se montrer effrayant et pousse à l’extrême le voyeurisme. Car il y a toujours une présence qui regarde la Belle. Dans la scène du repas la Belle semble aveugle et prit au piège entre le regard du spectateur et celui de la Bête. Ce qui est fascinant c’est que malgré un désavantage certain, la Belle domine la conversation et a un pouvoir sur la Bête.

Brokeback Mountain : La scène de la dispute – Ang Lee – 2005

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Un paysage saisissant qui se trouve être le théâtre d’une histoire d’amour vécue par courts fragments. C’est la tragédie de ce couple, dans une société américaine qui ne les acceptera pas s’ils se dévoilent comme ils sont. Alors ils sont mariés à des femmes, malheureux. La seule chose qui les fait tenir debout est cet amour impossible. Cette déclaration de Jack Twist à Ennis Del Mar : « Tell you what… truth is, sometimes I miss you so bad I can hardly stand it… », c’est d’une sincérité rare dans ce paysage qui n’a pas besoin de fioriture et qui est comme ces deux amants, d’une grande beauté brut. 

Le Cercle des Poètes Disparus : La scène du Cercle dans la grotte – Peter Weir – 1990

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Je pense qu’en voyant ce film adolescente, ce sont mes gouts en tant que femme qui ont été forgés. J’ai aujourd’hui un amour immodéré pour le saxophone et pour ces jeunes hommes naïfs et romantiques, qui se retrouvent pour déclamer de la poésie dans la nuit.

Citizen Kane : La scène d’ouverture – Orson Welles – 1941

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Le premier plan de Citizen Kane est une mise en garde: Ne passez pas, comme si le spectateur avait encore le temps de rebrousser chemin avant de rentrer dans le manoir Xanadu (et donc dans la vie) de Charles Foster Kane. Le génie du réalisateur Orson Welles est de nous faire pénétrer par étapes dans l’antre de son personnage en grimpant la barrière, puis en s’approchant du manoir. En cela il permet au spectateur de se plonger dans le film car cette ascension, on la récent physiquement. À mes yeux c’est une véritable leçon de Cinéma.

Démineurs : La scène du supermarché –  Kathryn Bigelow – 2009

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Depuis le début du film, tout est sous tension. Le sergent Will James, personnage principal et démineur en Irak, met nos nerfs à rudes épreuves dans ses prises de risques inconsidérées et sa quête d’adrénaline. Le montage de la fin du film est radical, le retour aux USA du personnage n’est pas présenté au travers d’adieux, de préparation des bagages ou du retour au pays en avion. On passe directement d’une scène d’action intense en Irak à une scène de course au supermarché avec le sergent, sa femme et leur bébé. Et c’est dans cette scène, presque la dernière du film, que l’on prend enfin pleine mesure du personnage. C’est un véritable choc visuel et sonore de passer des explosions et du sang à la lumière froide d’un supermarché sur fond de musique d’ambiance aseptisée. On récent dans ce plan tout le désarroi du personnage qui mesure la futilité du choix qu’il doit faire, en l’occurrence celui d’un paquet de céréales, contre ceux qu’il faisait sur le terrain dans l’action. La réalisatrice Kathryn Bigelow ne ménage pas le spectateur tout au long du film, mais le choc produit entre l’histoire en Irak et la partie aux États-Unis décuple le ressenti du spectateur.

The Descent : La scène du boyau étroit dans la grotte – Neil Marshall – 2005

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L’horreur peut se présenter sous différentes formes. The Descent est un film sanglant avec ses monstres, ses lacs de sang et de boyaux, mais pour moi la scène la plus terrifiante du film est celle où les filles passent par un étroit boyau pour rejoindre une autre partie de la grotte. Cette scène très anxiogène est filmée de telle manière que le spectateur se retrouve coincé avec les personnages. Claustrophobique et bien plus traumatisant à mes yeux qu’une pioche dans la tête.

Drive : La scène de l’ascenseur – Nicolas Winding Refn – 2011

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Les scènes de baiser dans un ascenseur sont pléthores, mais je pense que depuis le film de Nicolas Winding Refn celle ci est la première qui vient à l’esprit du public. Ici, le personnage du conducteur interprété par Ryan Gosling (dont on ne connait d’ailleurs pas le nom) est avec sa voisine Irène et un homme qui est surement envoyé pour le tuer. La douceur du baiser que le conducteur donne à Irene bascule vers l’extrême violence quand il fracasse à coups de pieds la tête du tueur. On se retrouve dans la position d’Irene, choqué et marqué à vie. Cette scène résume à elle seule le personnage, entre douceur et brutalité.

 Fruitvale Station : La scène de la station de métro Fruitvale – Ryan Coogler – 2014

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Le film est une succession de scènes racontant la vie normal du dernier jour d’Oscar Grant, jeune père américain de 22 ans s’apprêtant à fêter la nouvelle année avec sa famille puis sa compagne et ses amis le soir en ville. Un jeune homme normal dans une vie qui ne l’est pas. Car l’histoire vraie de ce personnage bascule dans cette station de métro, où il va être abattu d’une balle dans le dos par un policier qui le tenait pourtant à terre sans résistance de la part d’Oscar, avec vidéos des usagers du métro à l’appui. Je suis sortie choquée de cette salle, car après s’être attachée au personnage pendant plus d’une heure, il nous est injustement arraché. C’est ma naïveté qui a été touchée, par la détresse d’Oscar qui ne fait que crier sans bouger « Je n’ai rien fait », puis par la dureté des véritables images de téléphones portables des témoins de la scène qui comme le spectateur du film, sont impuissants.

Gone Girl : La scène d’Amy au début et à la fin – David Fincher – 2014

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La même scène ouvre et clôture le film. La violence des propos de Nick caressant la tête de sa femme Amy dans la première scène du film sont d’une violence inouïe et choque le spectateur qui alors se dresse contre Nick. L’auditoire devient le reflet des médias qui vont matraquer le personnage qui semble monstrueux face à Amy apparaissant si douce et aimante. C’est sans compter la perversion dont elle fera preuve et qui placera le spectateur du même coté que Nick dans ce plan final. On aimerait alors avec Nick fracasser ce crane et découvrir ce qu’il y a dedans.

Hunger : La scène du parloir – Steve McQueen – 2008

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Je pense que les lecteurs de mon blog ont compris l’admiration sans limite que j’ai pour le réalisateur Steve McQueen. Il a suffit de ce plan séquence de 16 minutes pour que je ne me détache plus de la carrière du réalisateur. La violence extrême et silencieuse de la prison est contrebalancée par la verve du leader de l’IRA Bobby Sand et du prêtre qui tente dans le parloir de le résonner. C’est un combat d’idée d’hommes d’honneurs respectueux, mais surtout une joute verbale, qui peut être aussi violente que les coups donnés par les geôliers et qui tient en haleine le spectateur qui ne voit pas les minutes défiler.

Lovely Bones : La scène de la salle de bain – Peter Jackson – 2009

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Je connais le goût prononcé pour le gore de Peter Jackson. Ce film traite pourtant avec une très grande poésie grâce à des couleurs radieuses l’après vie de Susie, une adolescente pourtant sauvagement assassinée et violée. Mais la vision qu’a Susie de son tueur après son meurtre contraste complètement avec le lyrisme du reste du film et renforce le sinistre et le glauque de la scène. C’est un choc pour le spectateur de sortir de l’ambiance bienfaisante du reste du film pour entrer dans la réalité et sortir du Paradis.

Le Lys des champs : La scène de la leçon d’anglais – Ralph Nelson – 1963

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J’ai une grande tendresse pour cette fin, qui prouve qu’il n’y a pas de mots pour la générosité et la gratitude. Après avoir réparé le toit et construit une chapelle pour des nonnes allemandes, un travailleur itinérant s’en va sans demander d’argent ni dire au revoir, mais pas avant d’apprendre à ses femmes à prononcer amen et le chanter à l’américaine. Les regards caméra de Sidney Poitier sont à mon sens des clins d’œil complices du personnage avec le spectateur qui entrevoit alors l’acte généreux qui va suivre. C’est sûrement l’adieu le plus joyeux que le Cinéma nous ait offert.

Mad Max : Fury Road : La scène de nuit dans le marécage – George Miller – 2015

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Je vois le personnage de Max dans Fury Road comme un homme qui subit l’action mais ne la mène pas, sauf dans cette scène où il part héroïquement terrasser l’ennemi dans la brume et la nuit. On ne voit rien si ce n’est les éclairs des mitraillettes. La violence est dans les cris qui résonnent puis le silence qui signifie la mort. Le seul véritable acte du héros n’est pas montré, et c’est en cela que tient sa légende, tout est mythe. A 70 ans le réalisateur George Miller est parvenu à repenser le genre et le personnage qu’il a crée.

Mommy : La scène du changement de format – Xavier Dolan – 2014

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Durant la première partie du film, le spectateur est cloisonné avec les personnages dans ce carré parfait que forme le cadre. Ce format 1.1 symbolise le désarroi des personnages qui se retrouvent complètement exposés dans l’image étroite. Mais à mesure que les trois protagonistes du film s’apprivoisent, ils connaissent un certain équilibre et bonheur, qui est traduit par cette incroyable scène où Steve écarte avec ses mains sur une musique triomphante les bordures du cadre pour obtenir un format plus large et commun de 1.85:1 . J’ai senti alors mon cœur s’ouvrir en même temps que ce cadre, comme une explosion, puis se refermer quelques minutes plus tard quand il est revenu à son format initial.

La Nuit du Chasseur : La scène de la grange – Charles Laughton – 1955

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Un enfant dort dans une grange avec sa petite sœur après s’être enfuis afin d’échapper au « révérend » Harry Powell. En se réveillant le garçon entend ce dernier chantant dans la nuit sur son cheval. J’ai malheureusement vu ce film tard, je devais avoir 18 ans. Je suis une habituée des films d’horreur, c’est un genre que j’affectionne particulièrement, mais cette scène m’a tellement effrayée que je l’ai ressenti physiquement. La peur au Cinéma est vraiment suscitée par  les cauchemars d’enfance.

The Raid 2 : La scène dans la cours de prison – Gareth Evans – 2014

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Dans The Raid 2, la tension est présente avant chaque scène de combat grâce à un ralenti du rythme qui permet de mettre en avant la rapidité et la violence qui suit. La scène dans la cours de la prison n’échappe pas à cette règle et la beauté des plans de Gareth Evans ainsi que le réalisme des combats ont fait de cette scène ma favorite du genre.

Le Ruban Blanc : La scène du cadeau – Michael Haneke – 2009

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Les intrigues ne sont jamais résolues et en cela le film est frustrant. Les non dits, les tabous et les rancœurs sourdes oppressent et rendent le récit dérangeant, mais une scène nous permet de connaitre un moment de répit par sa pureté et son innocence. Le pasteur vient de retrouver le cou de son oiseau, qu’il adore, brisé. Un de ces fils, qui a recueilli précédemment un oisillon blessé pour le soigner, offre celui-ci à son père. Le pasteur est un homme extrêmement dur et autoritaire, qui fait peu de cas des sentiments d’autrui. L’enfant croit innocemment que ce cadeau remplacera l’oiseau mort et donnera le sourire à son père qui face à ce présent se met alors à pleurer. Cette scène magnifiée par la sobriété des sentiments exprimés ressort par sa différence de ton par rapport au reste du film.

Shutter Island : La scène de fin – Martin Scorsese – 2010

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C’est la boule au ventre que l’on comprend le dénouement de l’histoire en même temps que Teddy interprété par Leonardo Dicaprio. Comme lui, nous avons été un pion et vécu son délire. Durant cette dernière scène nous sortons de l’illusion, mais nous sommes cette fois à la place de Chuck qui comprend que Teddy fait désormais semblant d’être toujours dans son hallucination et donc décide de mourir. « Mieux vaut-il vivre comme un monstre ou mourir en homme de bien? », à cela le personnage donne une réponse qui clôture le film sur cette musique accablante qui agresse le spectateur à chaque retentissement.

Skyfall : La scène du générique – Sam Mendes – 2012

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James Bond vient de commencer et James Bond est mort. Il tombe alors et sombre dans les eaux, sur cette musique lancinante d’Adèle qui a mérité son oscar. S’en suit un générique d’une grande beauté visuelle dont la symbolique prend tout son sens à la fin du film.

Stoker : La scène de piano à quatre mains – Park Chan Wook – 2012

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Dès le début du film de nombreuses questions subsistent, surtout sur cet oncle jusqu’alors inconnu qui s’introduit pernicieusement dans l’enceinte familiale. Mais c’est dans cette scène que sa manipulation est ouvertement révélée, quand il rejoint sa nièce India au piano alors même qu’il avait précédemment demandé des cours à la mère ne sachant soit disant pas en jouer. Ce duo a quatre mains, d’abord un affront rebelle de la part d’une adolescente qui n’est pas dupe, devient un moment d’érotisme vécu comme une extase par la jeune femme. Cette scène est alors la porte ouverte au reste du film vers le malsain et le sordide.

La Taupe : La scène du monte charge – Tomas Alfredson – 2011

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Ce plan a été un choc visuel pour moi. Il montre avec brio les sentiments des personnages, maitres espions tours à tours prédateurs et proies. Peter Guillam interprété par Benedict Cumberbatch vient de se séparer de tout ce qui fait son humanité et est désormais un homme prêt à tout, même à trahir ses supérieurs, pour résoudre l’énigme du film à savoir qui est la taupe. Il est un pion, un objet que l’on peut manipuler et jeter, mais qu’importe il fera son devoir et emmènera le spectateur dans l’angoissant vol de documents au QG du « Cirque » anglais.

The Thing : La scène du test sanguin – John Carpenter – 1982

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Nous ne savons jamais qui est vraiment qui dans The Thing, mais le passage du test sanguin nous donne la réponse. Le réalisateur John Carpenter joue brillamment avec nos nerfs en donnant de fausses pistes et en jouant sur l’effet de surprise. Les effets spéciaux démodés n’enlèvent rien à la peur et à la frustration du spectateur qui comme ceux qui passent le test, est attaché à son fauteuil.

Toys Story 3 : La scène d’adieu aux jouets – Lee Unkrich – 2010

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Quand le premier Toys Story est sorti j’avais 4 ans. Ce n’est évidemment pas à cette âge que je l’ai vu pour la première fois, mais cette franchise m’a accompagné durant mon enfance et mon adolescence. À la sortie du troisième volet je venais d’atteindre la majorité et la scène de départ à l’université d’Andy a fait écho à ma propre vie. J’avais grandi avec ce personnage et le voir commencer sa vie d’adulte tout en rendant un magnifique hommage à son enfance en jouant une dernière fois avec ses jouets et une petite fille du voisinage m’a ému aux larmes. Le déchirement qu’Andy a eu en laissant ses jouets à cette petite fille qui comme lui les aimera et en prendra soin avait une résonance avec mes propres sentiments.

Warrior : La scène du combat des deux frères – Gavin O’Connor – 2011

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À mon sens, les combats dans Warrior ne sont qu’un prétexte pour comprendre les deux frères, ils combattent comme ils vivent. Tommy, force silencieuse et brutale, termine ses combats en quelques secondes, en un coup par KO ou en une rafale de frappes déchainées qui laissent l’adversaire presque sans vie. Toute cette haine contenue ressort par ses poings capable de tuer un homme ou d’arracher la porte d’un tank à la guerre. Son grand frère Brandon encaisse, dans la vie comme sur le ring, et c’est là sa force. Sa frappe n’est pas puissante mais il peut tout prendre, même la fureur de Tommy, il restera debout. Ce qui fait au début du film leur différence est ensuite une complémentarité. Ce n’est pas un film sur le sport de combat, c’est un film sur l’amour et le pardon.

Je me rends compte que souvent c’est le changement de rythme qui marque une scène dans mon parcours de passionné. Parfois c’est aussi la beauté d’un plan, son ingéniosité. Au delà de l’aspect cinématographique, des mots ou l’émotion peuvent aussi laisser une emprunte indélébile dans mon vécu de spectateur.

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