La conception de l’homme évolue à travers l’Histoire et imprègne les mouvances artistiques. Au Cinéma, le héros au masculin a connu des archétypes de personnages virils notamment avec l’avènement des westerns américains puis des westerns spaghettis italiens. En France, les films de Jean-Pierre Melville et d’autres personnifient cette virilité par des acteurs tels que Jean Gabin ou Jean-Paul Belmondo qui en deviennent des symboles. Dans les années 80, cette virilité est même exacerbée par l’arrivée des action men portés par Arnold Schwarzenegger, Sylvester Stallone, Mel Gibson ou encore Bruce Willis. L’art devance souvent les changements sociaux ou en est au moins le reflet. Les personnages féminins évoluent maintenant vers plus de diversités, et des actrices comme Alicia Vikander, Helen Mirren ou Charlize Theron obtiennent peu à peu un statut de femmes d’action. Dans une société où la femme commence à avoir des droits similaires à ceux des hommes, quelle est la place du mâle courageux, moral et invincible dans le Cinéma d’aujourd’hui? Je ne vais pas traiter tous les cas, mais je veux mettre en avant certaines occurrences afin d’étayer mon hypothèse. J’attends avec plaisir votre avis et vos exemples dans les commentaires.

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Arnold Schwarzenegger dans Predator, John McTiernan, 1987

Prenons en premier exemple un monument du film d’action avec le personnage de James Bond. Ce héros est un mythe de la culture pop présent dans 12 romans puis 26 films. Homme à femmes, machiste, expert en combats, invulnérable. Pas si invulnérable pourtant dans Skyfall, où le personnage « meurt » dans les premières minutes du film, cible d’une femme de surcroit. Le mythe était déjà bien attaqué et détérioré, mais c’était sans compter sur le sous entendu bisexuel du personnage avec la fameuse réplique «Qui vous dit que je n’y ai pas goûté?» balancée dans un duel ambiguë avec le méchant du film. La virilité définit plusieurs choses, l’attribut sexuel de l’homme mais aussi ses caractères moraux en tant que genre, qui lui sont culturellement associés (merci Larousse et Wikipédia). Qu’un protagoniste symbole du mâle viril sous-entende une autre forme de rapport humains que l’hétérosexualité bouleverse les mœurs et l’image de l’homme d’action. C’est montrer que la caractéristique de l’homme n’est pas son orientation sexuelle, et en cela la conception de la virilité est chamboulée.

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Daniel Craig dans Skyfall, Sam Mendes, 2012

Autre mythe populaire, le personnage de Max Rockatansky autrefois interprété par Mel Gibson dans les trois premiers Mad Max puis par Tom Hardy dans Fury Road. Dans le quatrième volet, le personnage se fait capturer et mutiler dans les premières minutes du film. Sa voiture, symbole du personnage, qui le définie presque dans les autres volets, est modifiée et confisquée. C’est la condition de Max qui est ainsi altérée, l’ennemi va même jusqu’à en faire un simple donneur de sang attaché à l’avant de son propre bolide. Pendant la majorité du film, Max ne fera que subir l’action, suivre la volonté d’autres mais surtout la fermeté des femmes, dont une Charlize Theron en Impératrice Furiosa dominante même dans le combat. L’unique acte héroïque de Max est réalisé dans un brouillard épais, où seul les cris et éclairs d’armes à feu prouvent l’action homérique du personnage. Max héros est ainsi flouté pour laisser plus de places aux autres personnages forts, à savoir des protagonistes féminins. La métaphore de la scène rend le film encore plus incroyable. Le réalisateur George Miller réinvente le personnage et le genre qu’il a crée avec un avant-gardisme ravageur. Tom Hardy, pourtant taillé physiquement comme les acteurs d’actions passés, personnifie ici la déchéance des héros stéréotypés d’anciennes productions filmiques à travers le mythe Max.

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Tom Hardy et Charlize Theron dans Mad Max Fury Road, George Miller, 2015

Autre acteur jouant de son physique pour désagréger le genre, Channing Tatum  floute les frontières avec le film Magic Mike, histoire d’un jeune homme strip-teaseur et menuisier. Inspiré de sa propre vie, Channing Tatum est ici objet sexuel, loin de l’homme viril qui prend et agit dans l’action. Le réalisateur Steven Soderbergh a d’ailleurs travaillé la thématique du film en réponse à son précédent long-métrage Piégée, où le protagoniste principal est une espionne. Les statuts sont chamboulés dans ce diptyque où la femme obtient un rôle d’habitude attribué aux hommes et inversement. Que le corps de l’homme soit ouvertement un objet montré au regard de la femme, avec des muscles taillés pour le désir et non l’action bouleverse les codes. La plastique en tant que sujet narratif était jusqu’alors la charge et la fonction de la femme.

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Channing Tatum dans Magic Mike, Steven Soderbergh, 2012

Mais le héros homme d’action n’est pas définit par son seul aspect viril, il est aussi dans l’imaginaire collectif un caractère et un esprit infaillible. Le choix d’orientation du personnage de Tony Stark dans Iron Man 3 était ingénieux et presque évident. Tony Stark vient de vivre dans Avengers un passage traumatique de son histoire où il a failli mourir et a affronter des forces surhumaines. En tant qu’humain sans pouvoir, son statut est précaire. Il est certes un génie et possède une armure, mais sans elle il est vulnérable et aussi mortel que les autres humains. Choqué, il ne veut même plus la quitter. Dans le troisième volet, le choix de montrer un personnage dépressif et inquiet face à des ennemis toujours plus menaçants était logique mais risqué. Ce volet a d’ailleurs moins plu que les précédents. Mais c’est une véritable avancée dans le choix d’évolution d’un arc narratif super-héroique.

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Robert Downey Jr dans Iron Man 3, Shane Black, 2013

Les films d’action imposent évidemment toujours l’archétype de l’homme fort et musclé, et des acteurs ont pris la relève comme Denzel Washington ou plus récemment Dwayne Johnson et Chris Hemsworth, mais un réel changement se fait quant au traitement du personnage dans le récit ou dans le choix de l’acteur. Luke Evans par exemple est certes un action men mais son homosexualité n’empêche pas l’obtention de rôles d’action dans les blockbusters du genre, de Fast and Furious au Hobbit. La femme d’action quant à elle est évidemment présente depuis plusieurs décennies avec des actrices comme Sigourney Weaver et Linda Hamilton qui ont ouvert la voie, mais ces personnages de femmes fortes sont aujourd’hui un peu plus démocratisées. De plus, l’aspect de ces actrices est plus asexué, résultat d’un public mixte où la spectatrice peut s’identifier à des personnages forts sans être un symbole sexuel. Je pense notamment à Daisy Ridley ou Alicia Vikander citée plus haut, qui va interpréter une Lara Croft plus athlétique que playmate. Les canons de beauté changent donc aussi avec les mœurs. Il y a d’autres personnages masculins qui bouleversent les codes du héros viril au Cinéma, notamment avec les films de 2016 Tarzan et Man on High Heels. J’ai partagé avec vous mes références et opinions, j’attends les vôtres.

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Vin Diesel face à Luke Evans dans Fast and Furious 6, Justin Lin, 2013

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