Je viens de voir la bande annonce de la version Live Action de La Belle et le Bête des studios Disney. Je dois vous avouer que le film d’animation de base est mon favori du catalogue de la maison aux grandes oreilles, et au vu du casting, le film se positionnait clairement comme leur projet live action le plus alléchant. Dire que la volonté de Disney de transposer ses films classiques de l’animation en version live – c’est à dire avec des acteurs- est une nouveauté est un peu réducteur. En 1996, Disney proposait déjà une adaptation live des 101 Dalmatiens avec Glenn Close en Cruella d’Enfer. Mais cette politique accrue de live action est surtout présente depuis les années 2010 avec des films tels que Alice au Pays des Merveilles (Tim Burton, 2010), Le Monde Fantastique de Oz (Sam Raimi, 2012), … Mais c’est surtout le franc succès commercial de Maléfique (Robert Stomberg, 2014) qui a poussé Disney a crée un planning de sorti fourni de films live pour cette décennie, avec les production Aladdin, Winnie l’Ourson, Mulan, La Fée Clochette, Dumbo et bien d’autres. La Belle et la Bête est quant à lui prévu pour le 22 mars 2017, et suite au visionnage de la bande annonce d’aujourd’hui, je suis perplexe sur la politique Disney. Explications.

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Le Livre de la Jungle, Jon Favreau, 2016

Aucune nouveauté dans la nouvelle bande annonce de La Belle et la Bête. Les mêmes dialogues, scènes, thèmes musicaux que dans la version de 1991. Même Alan Menkel, compositeur, est toujours au générique. Disney choisie la facilité d’une réussite sans surprise en reprenant un classique avec un réalisateur rompu au grand spectacle et un casting quatre étoiles qui ne semble pourtant pas briller dans la bande annonce. Énorme déception face au semblant de ridicule de Luke Evans dans le rôle de Gaston. Rendre un personnage grotesque avec exubérance dans la mise en scène et le jeu n’est pas gage de réussite. La version live, bien que destinée à la jeunesse, cible également le public qui a été touché par l’adaptation animée. Rendre ainsi un méchant plus nuancé et travaillé aurait pu donner une réelle nouveauté attractive au public, mais ce n’est pas ce que laisse présager la bande annonce.

Beauty and the Beast
La Belle et la Bête, Bill Condon, 2017

Là où le bât blesse, c’est que La Belle et la Bête de 1991 a façonné en parti ce qu’est le film d’animation d’aujourd’hui, alors que cette future version ne sera qu’une adaptation lucrative dans les rouages de la machine Disney. Rappelons qu’au milieu des années 80, Disney animation était au fond du gouffre, ou plutôt au fin fond d’un terrain dans une maison en carton pâte avec quelques animateurs qui croyaient encore à la magie du premier âge d’or de la firme. Puis est venu le succès de La Petite Sirène et le triomphe de La Belle et la Bête en cette fin d’années 1991. Pour la première fois, un dessin animé (on ne disait pas encore « film d’animation » à l’époque, merci Pixar) était nommé dans la catégorie meilleur film aux oscars. Il remportait celui de la meilleure musique et a ainsi inscrit Disney dans son deuxième âge d’or, appuyé par la suite par Le Roi Lion. La Belle et Bête a changé l’image que se faisait le public du dessin animé. Les nouvelles techniques employées pour le décor et l’aspect avant-gardiste en ont fait un chef d’œuvre au-delà du paysage des films pour enfants. Disney qui était devenu durant les années 70 et 80 une maison de production en désuétude seulement bonne pour les enfants, est aujourd’hui un évènement en salles pour les adultes de la génération du deuxième âge d’or et les enfants du troisième âge d’or du studio.

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La Belle et la Bête, Gary Trousdale et Kirk Wise, 1991

Avec le rachat de Pixar en 2006 et celui de Lucas Film en 2012, qui a fait de Dark Vador la prostitué la plus chère de l’Histoire (c’est vulgaire, désolée), ainsi qu’avec les adaptations live action, Disney a depuis dix ans une politique agressive pour ce qui est de ses productions cinématographiques. La sortie de films originaux est toujours présente, mais la volonté de suites et de remakes du studio fait dangereusement écho au reste du paysage hollywoodien, ou en est même l’instigateur. Vaiana, la légende du bout du monde sort bientôt dans nos salles. Nous verrons ainsi si la maison aux grandes oreilles a encore un peu de créativité dans ses poches.

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