Sur les réseaux sociaux, nous sommes une communauté blogueur assez active et unie, attendant avec impatience les articles de nos copainternautes. Il y a de nombreux projets que nous faisons en commun, notamment les Tags, mais j’avais aujourd’hui envie de savoir quel était ce film que ces cinéphiles aimaient jalousement, et beaucoup on accepté de relever le défi que j’avais lancé sur Twitter et de parler de ces œuvres à la base de leur cinéphilie. Je ne suis pas d’accord avec tous les films mais je trouve cette sélection passionnante et cela permet d’apporter de nouveaux horizons cinématographiques au blog. Attention chers lecteurs, il n’y a que du grand !

 

Le Discours d’un roiTom Hooper, 2011 – par June & Cie

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Le Discours d’un roi, Tom Hooper, 2011

Lorsque ma merveilleuse copinaute de 28 films + tard m’a proposé de participer à cet article, j’ai été à la fois emballée, ravie et angoissée. J’ai fait une short-list. Puis une short-short-list. Puis un top 3. Enfin il a fallu trancher… J’ai pris trois jours pour me décider mais l’historienne en moi a pris le dessus et je vais donc vous présenter The King’s Speech.  L’histoire d’une amitié et d’un homme appelé à devenir la voix de la nation quand lui-même peinait à faire entendre la sienne. Mon avis. La performance, maintes fois saluée, de Colin Firth dans ce rôle avait attisé ma curiosité et le film manquant à ma filmographie de l’acteur, j’ai sauté sur l’opportunité d’une diffusion télévisée pour combler ma lacune. Et là, quelle claque j’ai prise ! The King’s Speech fait partie de ces films impeccables de bout en bout, sans faute de goût : réalisation, casting et surtout jeu d’acteurs. Songez-donc ! Colin Firth, Helena Boham-Carter, Geoffrey Rush, Jenifer Ehle, Michael Gambon, Timothy Spall… Si le film prend quelques libertés (restreintes) avec l’Histoire, il a néanmoins été soigneusement documenté et nous permet de plonger dans l’intimité de la personne royale aux côtés de ce Prince refermé sur lui-même dont le destin n’était pas de devenir roi au départ. Lui-même bègue étant enfant, le scénariste David Seidler réussit avec sensibilité mais sans sensiblerie, à mettre en lumière toute la complexité des angoisses que peut générer ce handicap et l’impact psychologique qu’il a pu avoir sur le futur Georges VI, moqué et houspillé par son père et son frère, soumis à des traitements aussi stupides qu’inutiles. Son bégaiement est fondamentalement incompatible avec son statut royal, or l’abdication de son frère le pousse aux plus hautes fonctions, vers le trône. Mais comment guider une nation, comment en être la voix, comment incarner l’autorité, si l’on ne peut aligner deux mots distinctement ? Par ailleurs, la guerre gronde et va rendre le rôle de Georges VI plus déterminant encore. Détaillant le long combat qu’il va mener avec le Docteur Logue, le film met en avant à travers leur amitié naissante tout l’aspect psychologique qui se cache parfois derrière le bégaiement, mais aussi toute la symbolique attachée à la personne royale. Une double thématique complexe qui repose sur l’équilibre et la justesse du duo Colin Firth/ Geoffrey Rush. Le premier nous livre le portrait d’un homme intègre et intelligent, capable d’humour et d’autodérision, mais pris au piège de ce handicap qui le torture et va à l’encontre de ce qu’il est et représente. Tandis que le second dévoile à travers une palette de jeu tout en humanité et en nuance, ce thérapeute peu orthodoxe, patient et obstiné, convaincu que celui qui se tient devant lui a l’étoffe d’un roi. Entre les deux acteurs, le jeu glisse sans une fausse note et ils s’accordent tels des violons dans la partition de cette fragile et insolite amitié qui se tisse. Si ce n’est pas la première performance de Colin Firth dans la peau d’un personnage bègue, c’est sûrement l’une des plus brillantes et cela tient en partie à l’harmonie de son tandem avec Geoffrey Rush. Au milieu de cela, Helena Bonham-Carter (la reine Elisabeth) et Jennifer Ehle (Mrs Logue) viennent apporter une touche légère et délicate qui illumine ce film à la fois grave, sincère et doux. Jamais le film ne glisse dans le pathétique ou l’auto-contemplation. Il y a comme une pudeur sensible, une retenue digne. La réalisation de Tom Hooper accompagne l’histoire pour dresser avec finesse et fidélité le portrait de cette étonnante amitié. Celle d’un homme qui devait être roi et de celui qui l’aida à le devenir.

 

The Grand Budapest Hotel, Wes Anderson, 2013 – par Patate des Ténèbres

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The Grand Budapest Hotel, Wes Anderson, 2013

Prenez un réalisateur ayant son univers bien à lui, ajoutez une imposante brochette d’acteurs et d’actrices qui lui sont fidèles, même pour apparaître une minute, mettez un thème toujours farfelu, et vous avez un « classic Wes« ! The Grand Budapest hotel est en effet un film parmi d’autres, dans une filmographie irréprochable, car jamais compromise avec les studios, il se caractérise cependant, à mes yeux, par le fait qu’il rassemble tout ce que Wes Anderson sait faire de mieux en cinéma; Personnages décalés et touchants, réalisation atypique, merveilleuses lumières, et humour pince-sans-rire à tous les étages. Ce Monsieur Gustave, incarné par un brillant Ralph Fiennes, est tout bonnement truculent, et pour ce qui est des méchants (Willem Dafoe et Mathew Brody), on n’en voudrait dans aucun autre film. Atypique? Oui évidemment! Et en y ajoutant une très jolie histoire d’amour, des amitiés profondes, voilà pour moi le meilleur du cinéma de Wes Anderson.

 

Autant en emporte le ventVictor Fleming, 1936 – par Angie de Le Jolly Roger

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Autant en emporte le vent, Victor Fleming, 1936

Qu’il est difficile de devoir choisir un film favori lorsqu’ils se complètent et se répondent tous autant dans ma cinéphilie que dans la construction de la personne que je suis. Pour faire ce choix, j’ai dû faire appel à ma mémoire émotionnelle en me posant une question très simple : quel est mon premier grand émoi émotionnel cinématographique ? La réponse fut évidente, alors c’est de cette évidente réponse que je vais vous parler aujourd’hui.

Je devais avoir treize ou quatorze ans, et j’ai la chance d’avoir des parents cinéphiles, d’un cinéma populaire et grand public d’’accord, alors si certes je n’ai pas grandi avec Godard, ils ont toujours néanmoins essayé de faire en sorte que ma curiosité s’éveille sans eux et souvent, ils achetaient les premiers DVD pas cher des éditions Atlas, grâce à qui j’ai pu faire mes armes de cinéphile aguerrie.

C’est ainsi qu’un jour, un samedi, pendant que je m’ennuyais très franchement, ma mère me rapporta le DVD d’Autant en emporte le vent, issu de la collection « Les plus grands films d’amour », me disant que c’était long, mais que ça pourrait me plaire et qu’au pire j’aurais vu ce grand classique du cinéma. Je me souviens m’être installée dans mon lit, devant ma minuscule télé, me trompant de sens lors de l’insertion de ce DVD double face (Dieu merci ça n’existe pratiquement plus), sans savoir que j’allais passer les quatre heures les plus éprouvantes, émouvantes, passionnantes de ma vie, sans savoir que la petite adolescente que j’étais en serait transformée. Alors d’accord, ce ne sont pas les conditions optimales pour découvrir ce magnifique chef-d’oeuvre et 13 ans plus tard je n’ai toujours pas eu la chance de le voir dans une salle obscure, mais c’était amplement suffisant pour la petite fille solitaire que j’étais (et que je suis toujours), et ma petite télévision sur laquelle j’avais collé une multitude d’autocollants Harry Potter rendait tout de même justice aux incroyables couleurs de l’épopée romanesques et féministe de Scarlett O’hara. Car oui, malgré son racisme sudiste, malgré sa prétention et son côté emmerdeuse de première catégorie, Scarlett O’hara / Wilkes / Kennedy / Butler fut, je pense, ma première icône féministe, dont j’ai adopté aussitôt et malgré moi le lever hautain de sourcil, que je cultive désormais assez savamment.

Beaucoup résument l’histoire d’Autant en emporte le vent à une histoire d’amour contrariée, mais ils se trompent. Autant en emporte le vent c’est l’histoire de Scarlett O’hara, une jeune fille riche et terriblement belle, que l’on rencontre au début de la guerre de Sécession, âgée de 16 ans et qui traversera cette guerre avec une volonté qui lui est propre. Accouchant en plein bombardement Mélanie (qu’elle déteste), affrontant la mort de sa mère et la folie de son père, retrouvant sa maison en ruine, qu’elle reconstruit avec ses propres mains, alors qu’elle connaît la famine, replantant des champs de coton et se mariant à Franck Kennedy pour son argent, reprenant les rênes de la scierie de ce dernier grâce à laquelle elle peut rebâtir son empire. Car oui, Scarlett, si l’on excepte son premier mariage, choisit très précautionneusement ses maris en fonction de leur porte-monnaie et ne s’en cache pas. Libre, s’affranchissant elle-même des codes patriarcaux de la société dans laquelle elle évolue (au moment ou les esclaves s’affranchissent de leurs bourreaux, ce qui semble déranger la jeune sudiste, personne n’est parfait) sous le regard jaloux, condescendant et parfois violent de ses congénères féminines, dont ses sœurs pour qui Scarlett s’est battue afin qu’elles n’aient plus faim.

Et sans parler de Scarlett, le film m’a plongé, me plonge et me plongera toujours, dans un émerveillement écarlate. Car oui, Scarlett est un prénom savamment choisi, signifiant en anglais écarlate, rouge donc, comme les terres de Tara, comme la colorimétrie du film, comme l’incendie d’Atlanta, les couchers de soleil dans le Sud américain (que l’on retrouve avec plaisir dans The outsiders, Francis Ford Coppola, 1983), sang et rouille. Comme le tempérament de cette héroïne chérie, comme la rage qui fait fureur dans ce même sud détruit. Aujourd’hui, je me réserve annuellement un dimanche matin, pour y mettre mon Blu-Ray une face qui sera projeté sur le mur, et je retrouve les mêmes émotions, inlassablement et comme au premier jour. Autant en emporte le vent, m’a emporté un jour d’avril 2004, et je ne remercierai jamais assez les éditions Atlas et ma mère pour ça. »

Gladiator, Ridley Scott, 2000 – par le Charmant petit monstre

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Gladiator, Ridley Scott, 2000

Été 2000, j’avais 9 ans. Mon père nous avait emmenés au cinéma, avec mon frère, voir un film. Gladiator que ça s’appelait. Je me souviens de l’ouvreuse qui a froncé des sourcils, voyant mon frère et moi, (trop) jeune et le sourire un peu niais de mon père, insouciant. Je me souviens des fauteuils rouges de la salle. Je me souviens de mon petit frère qui en plein milieu du film, lance « C’est pas du vrai sang, c’est du ketchup » faisant éclater de rire deux dames derrière nous. Mais je me souviens surtout : des percussions et des violons qui ont fait battre mon cœur dès les premières minutes, lors d’une bataille sous la neige dantesque ; des frissons que j’ai ressentis, quand Maximus galope désespérément à bride abattue pour rejoindre sa femme et son fils. En vain. Je me souviens avoir eu envie de monter le même cheval blanc de Maximus et m’être imaginée, mes copains de l’époque et moi-même, dans l’arène pour venir l’aider. Je me souviens des torrents de larmes à la fin, stupéfaite de voir pour la première un héros qui [SPOILER] ne survit pas. Je me souviens avoir supplié mon père d’aller acheter la BO juste après la séance, pour que je puisse l’écouter toute la nuit. Gladiator est l’une des premières plus grandes expériences cinématographiques que j’ai vécue. J’ai beau l’avoir vu et rerevu plusieurs fois après, j’éprouve toujours les mêmes émotions, décuplées par ce souvenir de cette séance.Tiens, on me chuchote que le film passe lundi soir à la télé !

 

The Thing, John Carpenter, 1982 – par votre serviteur 28 Films Plus Tard

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Il n’y a qu’une immensité de neige où personne ne vous entant crier. The Thing sorti en 1982, remake d’un film de 1951, prend tout son sens dans cette période de découverte du SIDA. La peur dans cette étendue blanche, glaciale et lumineuse réside dans l’infection, et l’apogée du film se trouve dans ce fameux test sanguin plein de tension anxiogène. L’histoire se passe en Antarctique, où une équipe de chercheurs composée de 12 hommes découvre un corps enfoui sous la neige depuis plus de 100 000 ans. Décongelée, la créature retourne à la vie en prenant la forme de celui qu’elle veut. L’histoire cristallise alors les peurs de son époque où la médecine connait des avancées spectaculaires et où l’humain est dénaturé par les nouvelles technologies, à l’image de ce « echec et mat » prononcé au début du film par un ordinateur. J’ai découvert ce long métrage quand j’avais 13 ans, il a ancré ma passion pour le Cinéma et mon amour pour le scénario, les personnages complexes et l’horreur. Je voue depuis une admiration sans borne pour Kurt Russell mais surtout John Carpenter. La scène de début avec cette musique inquiétante et déroutante, laisse planer un doute tout au long du visionnage, qui ne s’évapore pas même à la fin du film et me hante encore 12 ans et une vingtaine de vues plus tard. Un chef d’oeuvre.

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