Un baiser s’il vous plaît, Emmanuel Mouret, 2007 – par Lily lit

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Un baiser s’il vous plaît, Emmanuel Mouret, 2007

Je n’ai pas un souvenir précis de la première fois que j’ai vu ce film. Ce dont je me souviens, c’est que je connaissais déjà Laissons Lucie faire, du même réalisateur, et que c’est avec mon papa que j’ai découvert Un baiser s’il vous plaît, ce qui n’est pas étonnant quand on sait le rôle capital qu’il a joué (et joue encore) dans ma cinéphilie. Je crois que ce film est devenu mon préféré dès le premier visionnage, et je l’ai vu souvent depuis, parfois seule, parfois avec des amies à qui j’ai voulu le faire découvrir. Je dois dire que je ne me suis jamais trouvée face à une réaction négative lorsque je l’ai montré à des gens. J’ai vu tous les films d’Emmanuel Mouret et c’est clairement un des réalisateurs dont le travail correspond le plus à ma sensibilité de manière générale, mais ce film surpasse ses autres œuvres à mon avis. J’y aime tout, le choix d’une histoire mise en abyme, l’ambiance feutrée et chic des appartements de Parisiens bourgeois sans vrais problèmes, la musique, un côté extrêmement classique et élégant jusque dans les silences, et en même temps les raisonnements décalés des personnages, les dialogues par moments surréalistes. C’est un film bavard, sur les relations amicales et amoureuses, les sentiments, le désir, la raison et la passion, que des thèmes qui me parlent souvent au cinéma. On est assez proche des films d’Éric Rohmer comme L’ami de mon amie. J’aime cette référence à un cinéma plus ancien, cet aspect désuet, comme si l’histoire se passait à une autre époque, avec des personnages qui n’ont pas Internet et qui appellent les renseignements pour obtenir un numéro (alors que le film date de 2007). J’aime sa lenteur, car je trouve qu’elle renforce le poids des émotions. Il y a quelque chose à la fois de guindé et de sensuel chez les personnages, un mélange de fougue contenue, de retenue bien élevée, de volonté de bien agir, de maladresse et de spontanéité, qui m’intrigue toujours, même alors que j’ai vu le film une dizaine de fois sans doute, je ne compte plus. Je trouve que les acteurs et actrices sont tous à leur meilleur niveau, et j’aime en particulier beaucoup Virginie Ledoyen et Julie Gayet dans ce film, sans être particulièrement fan de ce qu’elles ont pu faire par ailleurs. Je crois qu’Un baiser s’il vous plaît m’a permis de comprendre ce que j’attendais du cinéma : pour me toucher, un film doit à la fois me faire rire, me surprendre, me faire réfléchir sur les relations humaines et la morale, et m’émouvoir au point de me faire pleurer. Même lorsque je l’ai vu dix fois. J’aime aussi l’idée que l’intensité ne se mesure pas à l’aune des moyens employés, et qu’un plan ou une réplique puisse suffire à créer une atmosphère ou un sentiment inoubliable.

 

Douze hommes en colère, Sidney Lumet, 1957 – par La Tentation Culturelle

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12 hommes en colère, Sidney Lumet, 1957

Douze hommes en colère est un monument du cinéma : découvert dans le cadre d’un club cinéma et désireux d’explorer la représentation de la justice dans la culture, il était évident pour moi de regarder ce film. Confortablement installé devant le blu-ray du film à l’image et au son impeccable, tout était réuni pour aborder le film dans les meilleures conditions possibles. Sidney Lumet nous place là dans une petite salle où sont réunis les jurés d’une affaire de parricide, douze hommes de milieux très différents et choisis par tirage au sort, qui doivent décider de l’avenir d’un jeune homme. S’ils le jugent coupable, il sera exécuté. Le film est extrêmement ingénieux dans son récit, au départ tout accuse le jeune homme et sa culpabilité ne fait aucun doute, d’ailleurs les douze jurés s’accordent pour dire qu’il est coupable. Cependant, et avant de prendre cette décision évidente, l’un d’eux conserve tout de même une part de doute et exige de pouvoir les exposer, en passant en revue toutes les preuves. Alors pendant une heure et demi les douze vont dans ce huis clos discuter, s’énerver et argumenter jusqu’à parvenir enfin à un verdict. S’appuyant sur le principe du verdict « au-delà du doute raisonnable » propre à la justice américaine qui oblige les jurés, lorsqu’ils déclarent la culpabilité d’un prévenu, de le faire à la condition de n’avoir aucun doute, le scénariste Reginald Rose nous met face à des dialogues d’une grande subtilité qui confrontent les personnages à leurs propres doutes. Au départ d’accord avec les autres mais toujours plein de doute, le juré à l’origine des débats va chercher à les convaincre un à un et retourner la perspective de ses compères sur l’affaire. Au-delà du récit, c’est la réalisation de Sidney Lumet qui frappe avec une utilisation habile de l’espace et du contexte. La chaleur de cette pièce minuscule, amplifiée par la colère des Hommes, se retrouve dans leurs chemises peu à peu trempées de sueur. Mais également un parallèle avec l’enfermement, la prison, et l’utilisation au fil de l’avancée des objectifs à la focale de plus en plus élevée. Ainsi les acteurs se rapprochent au fil des minutes de l’objectif grâce à un angle de vue de plus en plus réduit, et donne l’impression au spectateur, à son tour, de se rapprocher toujours un peu plus de cette pièce qui symbolise toute la haine et le doute qui anime les Hommes. Douze hommes en colère est pour ces raisons un film hors du commun à mes yeux. Captivant pour les débats et le sujet qu’il aborde, c’est aussi un film terriblement astucieux dans sa manière d’aborder le doute et la place des jurés dans un procès, tant par les dialogues de Reginald Rose que la réalisation de Sidney Lumet.

 

Super 8, J.J Abrams, 2011 – par Liam Debruel

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Super 8, J.J Abrams, 2011

Je me rappellerai toujours de la première fois que j’ai vu Super 8. Je me trouvais dans l’unique salle de cinéma du petit village où je passais mes vacances d’été, ce qui a apporté au final une certaine importance à l’attachement que j’ai eu pour cette oeuvre. Car dès la fin de la projection, je sus que Super 8  était devenu et restera pour toujours mon film préféré.

Au fil des années et de ma construction d’une conscience plus « cinéphile », je me mis à trouver de nombreux trésors dans Super 8, corroborant l’amour sincère que je porte à cette oeuvre. Car loin d’être une simple resucée de films Amblin et Spielbergien, le film de J.J Abrams porte en lui une passion sincère et une identité propre qui font passer les références à part de son intrigue.

Rien que le titre annonce son ambiance nostalgique avec ce Super 8, fameuse caméra désormais tombée en désuétude sauf dans le cœur des cinéphiles les plus aguerris. Il plane ainsi sur le récit une forte mélancolie, adaptée à la situation vu le drame se déroulant au tout début du récit. En effet, le jeune Joe a perdu sa mère dans un accident de travail. La manière dont Abrams dépeint cet événement dès l’ouverture de son film se fait avec douceur et drame. Un ouvrier se charge de modifier un panneau censé décompter les jours sans incident. Par ce geste lourd, Abrams nous dépeint le drame et le « fantôme » qui va rester constamment sur la tête de notre héros. Car (et on l’oublie régulièrement) Super 8 est le récit d’un deuil. Celui de l’enfance évidemment avec ces jeunes atteignant la puberté et découvrant des sentiments amoureux, mais surtout le deuil de la mère de Joe. L’extraterrestre qui va débarquer dans la ville est ainsi une symbolique de ce deuil, souligné par le collier que le jeune homme conserve en permanence. Celui-ci est le « mauvais objet », celui dont il faut se débarrasser pour pouvoir avancer. En quelques minutes, nous avons la personnalité des personnages principaux, leurs liens (Joe-Jack et Jack-Louis), l’instauration du drame, le tout avec douceur et mélancolie. Cela peut paraître normal comme exigence pour un film mais commencer sur une telle note douce-amère est assez peu vu désormais dans les blockbusters qui inondent régulièrement nos écrans.

Réduit par beaucoup à un Yes Man trop absorbé par ses inspirations pour en faire du neuf, Abrams utilise justement ses « références » pour nourrir un cinéma certes divertissant mais toujours appuyé par une forte sincérité. L’aspect rétro nostalgique est certes porteur d’influence mais le réalisateur y ajoute un amour franc et sincère qui dépasse tout aspect méta que certains pourraient y voir. Abrams n’est pas le Spielberg du pauvre mais l’on sent que le grand Steven a construit le bonhomme. Chacun s’est forgé son identité par des œuvres, des inspirations extérieures. Les idées se recyclent en permanence, se reconstruisent par le contact avec autrui et c’est quelque chose que l’on oublie souvent. Nous nous créons de diverses manières, notre univers mental et notre imagination sont basés sur de nombreuses choses. Abrams dévoile dans ses films des sources multiples mais mélangées de telle manière qu’il y apporte une touche unique, comme tout auteur imprègne son œuvre de sa personnalité unique. C’est personnellement ce que j’aime dans son cinéma : bien qu’il s’occupe de blockbusters avec comme but premier le divertissement, Abrams y apporte une touche sensible et sincère qui rend chacun de ses films uniques. Il est un fan comme nous autres spectateurs mais avec une personnalité propre assumant ses inspirations, tout comme Charles citant Romero dans son film de zombie et utilisant la catastrophe ferroviaire pour donner du cachet à son œuvre.  Super 8, Abrams le filme comme toutes ses autres œuvres : avec dynamisme et action. Il sait quand filmer avec passion et quand se montrer plus paisible. Chez le metteur en scène, l’émotion est sincère, jusqu’au moindre mouvement de sa caméra. Voilà un réalisateur qui gère à merveille l’équilibre entre la mise en avant de son action et quand se poser pour mettre en avant ses dilemmes humains.

Au final, Super 8 représente énormément de choses. C’est un très bon film de science-fiction, une madeleine de Proust délicieuse pour les fans des œuvres Amblin, une très belle histoire sur le deuil et la manière dont on s’en relève et une œuvre lumineuse et familiale de grande qualité. Je vous remercie monsieur Abrams.

 

Nikita, Luc Besson, 1990 – par Au ciné ce soir

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Nikita, Luc Besson, 1990

Il n’a pas été facile de choisir parmi les films de Luc Besson qui m’ont marqué et que je pourrais revoir sans jamais me lasser. Je dois même dire que j’ai été hésité à plusieurs reprises entre Le Grand bleu, Nikita, Subway et Léon. Mais comment vous présenter ma sélection sans que Nikita y apparaisse ? C’est toujours avec un immense plaisir que je vois ce film qui a révélé Anne Parillaud. L’actrice y livre une prestation hors-pair et vraiment bluffante, à la limite de la folie.

Pourquoi je pourrais voir ce film sans jamais me lasser :

Pour Anne Parillaud tout d’abord. Comme je l’ai écrit plus tôt, je suis toujours autant bluffé par son jeu d’actrice, très physique et très engagé, signe évident que Luc Besson (qui à l’époque du film était son compagnon) l’a poussé jusqu’au bout pour incarner à la perfection cette femme qui de junkie complètement déglinguée se transforme en une redoutable tueuse à gages. Un rôle unanimement reconnu par la critique et la profession puisque lors des Césars 1991, elle obtient le prix de la meilleure actrice pour sa prestation, une récompense bien méritée pour laquelle Anne Parillaud n’a pu retenir ses larmes tout comme Luc Besson.

Rythme soutenu, timing dense et régulier, Nikita dépote aussi pour son déroulement. On ne s’ennuie jamais, on est tenu en haleine tout au long du film jusqu’au dénouement qui prend tout le monde par surprise, dans le style : « Tiens, on y avait pas pensé ! ». Dès le début, Luc Besson surprend le spectateur et je me lasse jamais de revoir la scène d’ouverture, ce magnifique travelling qui se conclut sur Nikita et sa bande, mené par un certain Rico, qui, totalement défoncés, s’apprêtent à cambrioler une pharmacie. Il faut dire que la musique joue un rôle capital dans cette ambiance et pour cela on peut remercier Eric Serra pour traduire toutes les émotions possibles.

Nikita fait partie des premiers films de Luc Besson, celui que j’appelle son « premier cinéma », tout un ensemble de films cultes connus de tous et qui font de lui un réalisateur hors-paire. Après le Grand Bleu sorti en 1988, Nikita annonce d’autres grands films du français notamment Léon avec Jean Reno. Dans Nikita, ce dernier incarne un rôle secondaire mais ô combien essentiel, celui de Victor, un « nettoyeur » professionnel, cela ne vous rappelle rien ?

Tension, mise en haleine, bande son au top, Nikita fait sans aucun doute parti de mes films préférés et qui a sublimé Anne Parillaud. Il a également confirmé Jean-Hugues Anglade (déjà présent dans Subway) ainsi que Tchéky Karyo qui joue à la perfection les rôles de mauvais garçon. Enfin, pour les plus observateurs, vous retrouvez même une certaine Mia Fraye qui a un petit rôle dans le film.

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