Merci à Sinbad le Légendaire du blog Daily Moogle pour avoir trouvé le titre de l’article.

Dans l’imaginaire collectif, le/la blond/e représente le désir, la créature rare inaccessible. Eli Semoun l’illustre bien dans son sketch « recherche blonde à forte poitrine ». Et on sait que le Cinéma aime jouer des clichés. D’ailleurs, cette image n’a-t-elle pas été véhiculée par le Cinéma lui même? Beaucoup des acteurs représentants la sensualité sont la plupart blonds, de Marilyn Monroe à Scarlett Johansson ou Amber Heard. Mais sensualité et glamour ne sont pas les seuls caractéristiques du blond au Cinéma. Analyse capillaire du Cinéma d’hier et aujourd’hui.

Chris+Hemsworth+Daniel+Bruhl+Rush+World+Premiere+8beEc0iBRI3l
Daniel Brühl et Chris Hemwsworth

J’ai un jour lu dans un article il y a plusieurs années d’un magazine cinéma (je ne sais plus de quel journaliste ni de quel magazine, quel manque de professionnalisme éhonté!), un édito qui m’a profondément marqué. Le journaliste parlait d’une conférence de presse du film Rush de Ron Howard, avec Daniel Brühl et Chris Hemsworth. Les journalistes avaient d’abord posé des questions à Daniel Brühl, puis est arrivé Chris Hemsworth et les journalistes se sont montrés survoltés, ils se sont tous levés et ont crié alors même que les interviews s’étaient déroulées dans le calme. Le dit journaliste de l’édito disait avoir alors compris ce jour là le fanatisme qu’a eut la presse pour Robert Redford d’abord, Brad Pitt ensuite et aujourd’hui Chris Hemsworth: le mec blond fascine et représente une créature fantasmée et rêvée. Pourtant objectivement, Daniel Brühl a un jeu plus complexe et une filmographie plus passionnante que son collègue. Je l’avais découvert au lycée, à la projection du magnifique Goodbye Lenin, et depuis je suis sa filmographie. Et même si c’est un acteur séduisant, il n’inspire pas la même folie aux foules que Chris Hemsworth, qui n’a pourtant pas la filmographie la plus passionnante en dehors de son personnage de Thor et passé sa collaboration avec Michael Mann dans Hacker.

tippi hedren
Tippi Hedren durant la promotion de Les Oiseaux, Alfred Hitchcock, 1963

Le blond est presque un représentant du Cinéma. Il n’y a qu’à voir les couvertures de magazines où ils pullulent alors même que la blondeur naturelle est une chose rare. On parle d’ailleurs bien de blonde hitchcockienne comme un symbole du 7eme art. Le cinéaste était fasciné par ces beautés, un peu trop d’ailleurs aux vues des témoignages de Grace Kelly et Tippi Hedren dépeignant le cinéaste comme un homme intrusif où le terme harcèlement sexuel est totalement de mise. Dans ses films, Alfred Hitchcock a dirigé Ingrid Bergman, Joan Fontaine, Grace Kelly, Kim Novak, Tippi Hedren, Janet Leigh, … Ces femmes, toutes blondes, sont des créatures froides et classieuses, belles à tomber, souvent manipulatrices, toujours indomptables et fortes. On est alors très loin de la bimbo platine et futile. Si le réalisateur avait tourné à notre époque, il aurait très certainement collaboré avec Nicole Kidman et Naomi Watts. Marilyn Monroe avait émis le souhait de tourner pour Hitchcock, qui avait répondu qu’il ne voulait pas tourner avec une actrice qui avait marqué p*te sur son front. Classe…

fhd009NNE_Nicole_Kidman_003
Dans Nine de Rob Marshall (2009), Nicole Kidman incarne la muse d’un cinéaste italien

En parlant de Naomi Watts, elle représente toute cette symbolique dans l’incroyable Mulholland Drive de David Lynch, où elle incarne Betty, une actrice en devenir (début de la métaphore) qui prend sous son aile une jeune femme brune et amnésique, qui décide de se nommer Rita en voyant une affiche du film Gilda (métaphore filée). Rita en vient même à porter au cours du film une perruque blonde (métaphore on t’a vu!). Lynch pousse ainsi la symbolique où l’Actrice représente la blonde pure et virginale. Quand Rita enlève d’ailleurs sa perruque dans le film, elle devient une actrice brune, perfide et talentueuse. La blondeur symbolise alors pureté, douceur et sensualité.

mu
Mulholland Drive, David Lynch, 2001

Le cinéma aime jouer avec les codes, et les blonds sont des créatures plus complexes que ce que les clichés peuvent mettre en avant. Le Cinéma change d’ailleurs peu à peu les codes en créant des personnages différents comme la blonde d’action dans Atomic Blonde. La blonde peut être manipulatrice, douce, pulpeuse, froide,… Elle a autant de visages qu’on peut en concevoir tant qu’elle reste belle et inaccessible. Le blond lui incarne le fantasme d’un homme intouchable et mythifié, symbole de force et de grandeur. Hommes comme femmes sont alors des objets du star system largement mis en avant contrairement aux autres acteurs, alors même que les vrais blonds sont en stricts minorités dans nos rues.

charlieking
Charlie Hunnam lors de la promotion de King Arthur Legend of the sword, Guy Ritchie, 2017
Publicités